Terre des Hommes – Délégation du Doubs
Pour le droit à vivre dignes

Site de la délégation départementale du Doubs (DD25) de l’ONG Terre des Hommes France

L’Anthropocène

Michel Magny

Directeur de Recherches CNRS émérite
UMR 6249 du CNRS,
Laboratoire Chrono-environnement,
UFR Sciences et Techniques, Besançon

Article mis en ligne le 19 mai 2020
dernière modification le 20 mai 2020

par Michel Magny
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L’Anthropocène [1]

Michel Magny

Je tiens à remercier la délégation du Doubs de Terre des Hommes France de m’avoir invité à participer à cette réunion à laquelle je ne désirais pas participer.

Heureusement l’exposé de Denis Clerc me montre que j’ai bien fait de venir parce que de mon point de vue le développement durable est un oxymore [2]. Ce sont deux termes qui sont contradictoires et qui ne tiennent pas la route sur le long terme. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi, en embrayant sur l’exposé de Denis Clerc.

1 – Qu’est-ce que l’Anthropocène ?

Je suis venu pour vous dire que quand on parle de développement durable, il faut avoir les pieds sur terre, on va essayer de parler d’une grande absente c’est la terre.

Il faut que je vous parle aujourd’hui de quelque chose que vous n’avez peut-être pas remarqué, c’est que depuis le mois de mai 2019 les géologues arrivent peu à peu à un consensus pour considérer que nous sommes entrés dans une ère nouvelle que l’on appelle : l’Anthropocène.

Ce mot vient du grec, « anthropos » veut dire homme ; « cène » est le suffixe qu’utilisent habituellement les géologues pour dénommer les époques géologiques qu’ils distinguent depuis 66 millions d’années, c’est-à-dire depuis le choc qu’a reçu la terre par une météorite et qui a provoqué la fin des dinosaures. Les géologues utilisent des termes pour les différentes époques qui se sont succédées. La commission spécialisée pour ces dénominations a donné son feu vert en mai 2019 pour que nous considérions officiellement que nous sommes entrés dans : « l’ère de l’Anthropocène ».

Qu’est-ce que l’Anthropocène ? C’est une époque géologique qui n’a pas de précédent, elle est caractérisée par le fait que l’homme est devenu le facteur principal qui influence la trajectoire de l’écosystème terrestre. Nous sommes devenus tellement puissants au niveau technologique et au niveau démographique que c’est bien l’action de l’homme qui est désormais devenue déterminante pour la trajectoire des écosystèmes.

Je vais donc essayer de remettre en perspective la notion de développement durable avec cette inquiétude, qui est en train de se développer, autour de cette nouvelle ère géologique, l’Anthropocène.

2 – Le développement durable : une perspective qui est directement anthropique

Pour mémoire, je vous rappelle la définition de la notion de développement durable telle qu’elle apparaît dans le rapport Brundtland de 1987 :

« Répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité de satisfaire ceux des générations futures ».

Vous voyez qu’on est dans une perspective qui est directement anthropique. De quoi se préoccupe-t-on ? Quelle est la question posée ? Essentiellement la question de la génération actuelle par rapport aux générations futures.

On prend bien en compte le fait que l’humanité c’est une grande aventure qui a commencé, il y a plus de 7 millions d’années et destinée à se prolonger. Il faut tenir compte de tous les humains présents sur la terre mais aussi de ceux qui seront présents dans le futur. Il ne faut pas détruire complètement l’écosystème pour que les générations futures aient encore de quoi survivre. En fait, cette définition du développement durable c’est une vision très anthropocentrée, en particulier du point de vue des autres vivants qui sont considérés comme extérieurs à la famille humaine.

3 – Les trois piliers du développement durable

Ci-dessous le schéma typique, établi à ce moment-là avec les trois piliers du développement durable : il essaie d’établir une certaine harmonie entre le développement économique, le développement des sociétés et le respect de la nature.

Le développement durable c’est la zone de recouvrement de ces trois surfaces, de ces trois grands piliers. Mais on ne s’interroge pas sur le développement indépendant de chacun de ces trois éléments.

http://www.has-sante.fr/jcms/c_916883/fr/contexte-et-enjeux-du-developpement-durable

3.1 – Pilier social, sociétal : la population

Au début du 20e siècle : un milliard d’habitants,

Aujourd’hui : on est à plus de 7 milliards d’habitants.

À l’horizon 2050, les prévisions moyennes des Nations Unies sont de 9 milliards et demi d’habitants.

3.2 – Pilier économique : « La grande accélération »

Quand débute l’Anthropocène ? Paul Crutzen a utilisé pour la première fois le terme d’Anthropocène, est un chimiste néerlandais qui a reçu le prix Nobel de chimie en raison de ses travaux sur l’ozone stratosphérique. Il proposait de placer le départ de l’Anthropocène au début de la révolution industrielle, c’est-à-dire à la naissance de la civilisation industrielle. C’est en effet à partir de ce moment-là que l’impact de l’homme sur l’écosystème terrestre va se développer énormément et s’accélérer très fortement.

La Commission qui s’est réunie en mai 2019 propose de faire commencer l’Anthropocène en 1950 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. En effet, c’est à partir de ce moment-là, grosso modo, que se met en place ce que l’on appelle « la société de consommation », couplée avec une très forte augmentation de la population sur la terre qui entraîne un énorme développement de l’activité économique des humains, et donc de leur impact sur l’écosystème de la terre. C’est ce qu’on appelle « la Grande Accélération » à partir de 1950.

Elle est évaluée par trois axes :

Augmentation de la population :

  • au début du 20e siècle aux environs de 1900 : 1,8 milliard d’habitants,
  • en 1950 : 2,5 milliards d’habitants
  • en 2013 : 7,35 milliards d’habitants
    Augmentation des brevets technologiques,
  • au début du 20e siècle : 141 000
  • en 1950 : 412 000
  • en 2011 : 1,9 million
    Augmentation du PIB international :
  • au début du 20e siècle : 2 trillions de dollars US
  • en 1950 : 5,3 trillions de dollars US
  • En 2013 : 72 trillions de dollars US
    L’explosion du PIB international va de pair avec l’explosion de la population, et celle du phénomène technologique.

Vous voyez bien que, quand on parle de développement durable, depuis 1950, on est face à une explosion des activités humaines sur une planète qui souffre.

https://www.ascii.fr/recherche-et-veille-technologique/

4 – Une boîte aux dimensions limitées pour un contenu en expansion : « les limites planétaires »

Aujourd’hui, on observe qu’il y a près de 50 % des surfaces terrestres qui sont directement occupées et impactés par les humains (villes, agriculture et élevage, mines). Mais si on retient au choix l’un des indicateurs suivants : la présence d’un habitant au kilomètre carré, d’un bâtiment humain, d’une lumière nocturne, ou d’autres éléments somme la proximité à moins de 15 km d’une route ou d’une voie ferrée, c’est 82 % des surfaces émergées, libres de glace, qui sont impactés (cf les pourcents) par les humains.

Tous ces facteurs d’impact (pollution, extinction des espèces, réchauffement du climat, pollution…) ne sont pas des facteurs qui s’additionnent les uns aux autres mais des facteurs qui se combinent et démultiplient leur impact sur les écosystèmes terrestres, amenant peu à peu un dépérissement et un appauvrissement des écosystèmes terrestres.

On a une boîte aux dimensions limitées, notre planète, c’est l’écosystème terrestre, et dans cette boîte on veut faire rentrer quelque chose qui est en train de prendre des dimensions de plus en plus folles, avec une enflure sans précédent. Il apparaît donc clairement que ce que nous sommes en train de faire ne tient pas dans la boîte terrestre dans laquelle on voudrait le faire entrer.

C’est pour cette raison que le « développement durable », vu sous cet angle, apparaît comme un oxymore, quelque chose qui ne peut pas tenir dans le long terme.

Un certain nombre de scientifiques, animés par le climatologue américain Will Steffen ont essayé d’évaluer quantitativement le point à partir duquel l’homme est en train de franchir les limites de ce que la planète Terre peut supporter comme impact anthropique.

Ils ont distingué un certain nombre d’indicateurs, qui indique « les limites planétaires ». Globalement, nous sommes entrés dans la zone de danger pour plusieurs indicateurs :

4.1 – Le changement climatique

Nous avons déjà franchi la zone de sécurité, et nous nous approchons du seuil critique. Le seuil de sécurité correspond à 350 parties pour million de volume de gaz carbonique dans l’atmosphère, nous en sommes déjà à plus de 400 ; 450 marque la zone de danger absolu où l’évolution menace d’être irréversible.

4.2 – La biodiversité

Nous sommes déjà largement dans le rouge :

Sur 8 à 10 millions d’espèces animales et végétales qui sont sur la planète, plus d’un million d’espèces sont en péril d’extinction.

La terre a déjà connu cinq autres extinctions de masse des espèces depuis 500 millions d’années, mais jamais, dans les extinctions précédentes, les choses ne se sont passées aussi vite qu’aujourd’hui.

Si l’on regarde la biodiversité fonctionnelle, la perte de biodiversité est telle qu’elle compromet déjà le fonctionnement normal de différents écosystèmes terrestres qui assurent un certain nombre de services écosystémiques pour les humains.

4.3 – La menace d’effondrement des écosystèmes terrestres : l’anthropisation des écosystèmes terrestres.

On pourrait détailler chacun de ces éléments, mais je voudrais plus généralement attirer votre attention sur l’anthropisation des écosystèmes terrestres :

Plus de 50 % des surfaces terrestres sont directement impactées par l’homme, or c’est la limite critique à partir de laquelle on considère que les écosystèmes terrestres peuvent être menacés d’effondrement

4.4 – Consommation d’eau douce

En ce qui concerne la consommation d’eau douce, un rapport des Nations Unies paru l’an passé était très alarmant sur la question.

4.5 – Cycles biogéochimiques

S’agissant des cycles biogéochimiques, notamment l’azote et le phosphore, nous sommes déjà dans le rouge.

4.6 – Ozone stratosphérique

Pour l’ozone stratosphérique, le Protocole de Montréal [3] constituait la première mesure internationale de protection des écosystèmes terrestres qui semblait avoir bien marché.

Aujourd’hui, les satellites nous disent qu’au-dessus de l’Asie, il y a à nouveau des émissions de gaz nocifs pour la couche d’ozone qui protège tous les vivants, humains compris bien sûr, à la surface de la planète.

Voilà, à grands traits, selon ces différents indicateurs, quelle est la situation du point de vue environnemental.

https://www.actu-environnement.com/ae/news/concentration-gaz-effet-serre-records-32442.php4

5 – Généalogie de la terminologie utilisée pour la crise écologique

Alors comment parler de développement durable aujourd’hui ? La notion de développement durable s’inscrit aussi dans toute une généalogie de termes que l’on a utilisés pour parler de la question environnementale depuis les années 1970.

5.1 – 1972 : Le rapport du MIT, rapport Meadows : Halte à la croissance

Un ouvrage, qui n’était pas passé inaperçu en 1972, au moment où il a été publié, un rapport du MIT (dit « Rapport Meadows ») posait la question des limites possibles de la croissance. Il a été publié en français sous le titre : Halte à la croissance.

Le livre a défrayé la chronique, puis on a considéré comme excessives les considérations présentées par ce rapport écrit par des scientifiques. Ils alertaient l’opinion publique internationale sur le fait que les tendances dessinées par la production économique et la progression de la population étaient intenables dans un monde limité. La planète n’est pas extensible, et si on y introduit un système de processus d’ordre illimité, l’évolution mène à un effondrement que les modèles utilisés plaçaient à partir des années 2020-2030. Il ne faut pas prendre cette chronologie comme une date absolue, comme on regarde la prise de la Bastille : 14 juillet 1789, mais la considérer comme un ordre d’idées. Ainsi il ne faut pas imaginer que l’effondrement est quelque chose qui viendrait dans trois siècles, ou dans 2000 ou 10 000 ans, non : l’effondrement que ce rapport propose est quelque chose qui est relativement proche de nous. On peut garder l’idée du milieu du XXIe siècle ou de la deuxième moitié du XXIe siècle. Les données disponibles alors, en 1970, amenaient les auteurs de ce rapport à ces conclusions. À nous donc d’imaginer la suite et d’actualiser ces conclusions.

http://adrastia.org/introduction-meadows-the-limits-to-growth/

5.2 – 1986 : « La société du risque » 

Le premier terme utilisé, en même temps que le rapport Brundtland, est celui de « risque » évoqué par le livre publié en 1986 du sociologue Ulrich Beck qui parle de « la société du risque ». Le « risque » que, maintenant, vont vivre les sociétés humaines ne vient pas de facteurs naturels tels que les tremblements de terre, les marées, bien qu’ils existent toujours, mais de ceux engendrés par les humains eux-mêmes ; c’est nous désormais qui engendrons les risques qui nous menacent directement.

5.3 – 2002 : « La catastrophe »

Cependant, rapidement, à partir des années 2000, on commence à utiliser un vocabulaire qui devient de plus en plus alarmiste comme avec Jean-Pierre Dupuy qui, en 2002, publie Pour un catastrophisme éclairé. D’après lui, nous sommes dans une situation de « catastrophe » non seulement à cause des armes atomiques, mais aussi à cause de ce qui est en train de se passer au niveau écologique, de l’impact de l’homme sur les écosystèmes terrestres. On ne parle plus de risque, on ne parle plus de développement durable, mais de « catastrophe ».

5.4 – 2005 : « L’effondrement »

Un autre ouvrage est publié en 2005 par le biologiste américain Jared Diamond ; il travaille notamment sur les populations d’oiseaux insulaires. Il sort de sa spécialité directe sur les populations d’oiseaux insulaires pour appliquer ses réflexions à un niveau global. On peut en effet considérer que la planète est elle aussi comme une île dans le cosmos avec une population humaine, un écosystème qui pourrait s’effondrer si on ne prend pas garde aux tendances en train de se dessiner. J. Diamond intitule son livre : Collapse en anglais, et en français Effondrement.

Vous retrouvez ce terme dans le mot « collapsologie », un terme dont on entend beaucoup parler aujourd’hui en particulier avec Pablo Servigne.

En 2014, trois articles fondamentaux de Graham Turner [4] montrent comment les prospectives tracées par le rapport Meadows de 1972 sont remarquablement vérifiées par la réalité qui est la nôtre depuis 1970, c’est-à-dire les 40 années qui l’ont suivi.

6 – La situation actuelle

6.1 – Des inégalités grandissantes

Aujourd’hui, brutalement, ce rapport revient à l’avant-scène de l’actualité ? Pourquoi mettre en danger toute notre planète ? Si c’est pour le bien-être de l’humanité on pourrait trouver une sorte d’alibi à toutes ces destructions. Voici un certain nombre d’éléments de réflexion que je porte à votre connaissance.

  • l’évolution de la population
    Depuis 1950, on assiste à une brutale accélération de l’augmentation de la population mondiale partout dans le monde
  • l’évolution du PIB mondial. Ce sont les pays riches de l’OCDE qui captent pour une grande part l’augmentation du PIB.
  • l’impact environnemental très fort des pays du Nord ou de l’OCDE, par rapport à celui plus léger des pays du Sud
    • les 50 % les plus pauvres de la planète, sont responsables de 10 % des émissions de gaz à effet de serre,
    • les 10 % les plus riches de la planète, sont responsables de 50 % des émissions de gaz à effet de serre.

    Vous voyez comment les choses s’inversent dans un sens très simple.

L’évolution des inégalités au niveau mondial sur la période 1980 à 2017.

D’après un rapport publié en 2018, les 50 % les plus pauvres de la population sur cette période de 36 ans ont bénéficié de 12 % de l’augmentation des richesses produites au niveau planétaire, pendant que les 1 % les plus riches de la population mondiale captait 27 % de cette production de richesse.

Entre les deux classes de population, on observe une sorte d’affaissement qui correspond à la délocalisation industrielle des pays les plus riches en direction des pays émergents et qui reflète en fait les souffrances de la classe moyenne occidentale.

D’autres estimations ont été indiquées par OXFAM. En 2018, cette ONG estimait que :

26 individus avaient autant que 3 milliards 700 millions d’individus :

Dans son rapport 2019, elle estime que 1 % de la population mondiale, c’est-à-dire environ 77 millions d’habitants de la planète, cumulent deux fois plus de richesses que les 92 % les plus pauvres, soit 6 milliards 900 millions d’habitants.

Les inégalités dont sont victimes les femmes

Puisque nous sommes à la veille de la Journée des droits des femmes [5], voici un autre élément d’après des chiffres de l’UNICEF en 2019.

Dans le monde les femmes représentent 66 % du travail fourni, 50 % de la production de nourriture, mais seulement 10 % des revenus, 1 % du patrimoine et 70 % des plus pauvres.

6.2 – Le consensus des scientifiques

Il est tout à fait remarquable aujourd’hui de voir comment les scientifiques se groupent de plus en plus dans des collectifs pour signer des rapports ou des articles publiés dans des revues scientifiques les plus prestigieuses au niveau planétaire, et pour alerter sur le fait que nous courons à un suicide collectif en raison de la crise écologique : nous outrepassons les limites de la planète.

1992 : L’avertissement des scientifiques du monde à l’humanité

L’année du Sommet de Rio, est publié un premier article collectif signé par 1500 scientifiques. Il alertait sur le fait que l’évolution économique n’était pas tenable d’un point de vue écologique.

Face à cet article scientifique, un collectif de personnalités dont 72 prix Nobel différents ont signé L’Appel d’Heidelberg, ils s’inquiétaient, au moment de la préparation du sommet de Rio, de voir des écologistes développer des thèses trop pessimistes pour notre avenir. Ils disaient leur confiance sur le fait que l’homme était toujours parvenu à se sortir des plus mauvaises situations, grâce notamment à la technologie.

2017 : Deuxième avertissement des scientifiques du monde à l’humanité

Face à l’évolution exponentielle ininterrompue de tous les indicateurs depuis 1992, une seconde alerte est publiée par un collectif de scientifiques signée, cette fois, par plus de 15 000 scientifiques de plus de 150 pays [6]. Il y a donc un consensus très fort de la communauté scientifique internationale autour de ces questions environnementales. Si on regarde les courbes des indicateurs utilisés par ces scientifiques, aucun infléchissement n’apparaît depuis 1992 : la même tendance se poursuit inexorablement depuis 1960, et illustre la progression de la crise environnementale.

GIF

https://academic.oup.com/bioscience/article/67/12/1026/4605229

6.3 – Quel monde voulons-nous construire ? « L’horizon de notre survie »

J’espère vous avoir convaincu·e·s que, du seul point de vue de l’écologie, le développement durable avec ses trois piliers : l’environnement, l’économie, et la société, essayer de développer le tout en harmonie, ce qu’envisageait le rapport Brundtland, cela ne tient pas : les promesses ne sont pas tenues. Ce qui nous attend semble plutôt menaçant. Du point de vue des sociétés, je corrobore ce que dit Denis Clerc, en observant que la situation se présente de manière tout aussi difficile que pour l’environnement.

Que voit-on, en fait, présider à la destinée de la planète et des sociétés humaines aujourd’hui ?

La sphère économique enserre la sphère de la société, puis à l’intérieur une autre sphère, la nature. C’est donc l’économie qui prime sur la destinée à la fois des sociétés et de la nature. Les deux sont perçues uniquement, soit comme des ressources naturelles à exploiter, soit comme des ressources humaines, horrible expression, appliquées aussi aux sociétés.

Renverser le paradigme.

Il faudrait renverser le paradigme.

http://www.anthropiques.org/?p=964
Conserver la planète

La priorité qui doit nous commander, la priorité à partir de laquelle devrait être conçue toute politique à la surface de la planète, c’est la sphère écologique, c’est ce que j’appelle « l’horizon de notre survie ». Si on veut que les sociétés humaines existent encore dans vingt siècles, dans 3000 ans, la première chose à respecter, l’élément incontournable, c’est la sphère écologique.

Une vie sociale harmonieuse

Ensuite, la préoccupation fondamentale en dehors du fait de préserver la planète, c’est de garantir la possibilité d’une vie sociale harmonieuse ; ce n’est pas d’avoir un développement économique, une enflure du PIB qui se nourrit de puissantes inégalités sociales, telles qu’on les a vues. C’est la sphère sociale qui avec la sphère écologique doit guider notre évolution et nos choix.

La place du politique 

Le politique constitue l’interface entre d’une part la vie sociale et écologique et de l’autre la vie économique, c’est-à-dire que dans l’Anthropocène. La vraie question qui nous est posée est celle de la survie des humains et des autres vivants. Il s’agit d’une question éminemment politique : quel monde voulons-nous construire ? C’est à partir de là que l’on peut s’engager, ressusciter et revigorer le débat politique, et réfléchir enfin au-delà des seules contraintes économiques.

https://lesystemenerveux.wordpress.com/2017/11/20/15000-signataires-lavertissement-des-scientifiques-du-monde-a-lhumanite/
Notes :

[1Texte transcrit par les organisateurs et relu par l’auteur
— Notes et illustrations de la rédaction.

[2Michel Magny est l’auteur de nombreux articles et ouvrages. Citons son dernier ouvrage : Aux racines de l’Anthropocène, une crise écologique reflet d’une crise de l’homme. Ed. Le bord de l’eau, 2019.

[3Le Protocole de Montréal est un accord international visant à réduire de moitié des substances qui appauvrissent la couche d’ozone. Il a été signé par 24 pays et par la Communauté économique européenne en septembre 1987. Il impose la suppression de l’utilisation de CFC (chlorofluorocarbones), de halons et de tout autre ODC synthétique. https://www.actu-environnement.com/ae/dictionnaire_environnement/definition/protocole_de_montreal.php4

[5NDLR : la form’action inaugure les manifestations en l’honneur du droit des femmes à Besançon organisé par le collectif du 8 mars. Voir discours d’introduction à la form’action

Voir aussi actes de la form’action 2019

et ceux de la form’action 2017

ainsi que les expositions : Femmes au travail en Inde

et Femmes et droits humains

[6NDLR : 13 nov. 2017 Manifeste publié en anglais dans la revue BioScience, mais aussi en français sur le site du journal Le Monde. World scientists’waring to humanity a second notice


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