L’histoire d’Akouvi Agnaglo, une petite Cendrillon togolaise
Article mis en ligne le 27 août 2015
dernière modification le 27 janvier 2017

par Romain Outcha, Action Sud
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Article de Romain Outcha, Directeur exécutif d’Action Sud, Togo, paru dans Migration, émigration, enfants migrants – Actes de la formaction 2014.

École dans la préfecture de Amou

Présentation de la structure : objectifs, nombre de salariés.

Action Sud est une organisation togolaise non gouvernementale d’appui aux initiatives locales de développement à la base, créée en 1993 et reconnue d’activité sous le récépissé N°073 MID-SG-OPA-PC du 20/01/1995. C’est une association régie par les dispositions de la loi N° 40‑484 du 1er juillet 1901.

Elle a pour objectif d’œuvrer contre la fragilité et l’« inaction » des catégories sociales les plus pauvres (les ‘‘Sud’’) en s’engageant avec elles dans une démarche participative pour :

  • rechercher ensemble des solutions durables aux problèmes qui sont les leurs et réduire la vulnérabilité et la pauvreté dans lesquelles elles se trouvent ;
  • accroître leurs capacités d’autopromotion en termes d’organisation, de production et de gestion ; qu’elle soit à l’échelle communautaire, familiale ou individuelle ;
  • améliorer leurs conditions de vie et de travail, réduire la précarité de leur existence et contribuer au développement de leurs milieux.

Ses partenaires locaux, les bénéficiaires de son action, sont les communautés locales défavorisées et vulnérables issues des milieux ruraux ou du secteur informel urbain : un village ou des agglomérations villageoises, un quartier des milieux populaires urbains, une association de personnes (femmes ou hommes) surtout des jeunes, en situation de pauvreté et projetant des actions d’autopromotion ou de développement communautaire et qui éprouvent des difficultés techniques à les mettre en œuvre.

Outre les membres du Conseil d’administration, entièrement bénévoles, Action Sud compte cinq salariés et deux volontaires.

Quel est le champ prioritaire de notre activité ?

Les champs d’action concernent principalement :

  • l’organisation des synergies locales,
  • entrepreneuriat des femmes et des jeunes,
  • la promotion et la protection des Droits économiques, sociaux et culturels (DESC)

En partenariat avec Terre des Hommes France, Action Sud met en œuvre depuis 2013, dans la préfecture de l’Amou/Région des Plateaux au Togo, un programme d’appui au renforcement de structures communautaires et de développement de la micro entreprise rurale. En s’appuyant sur la promotion des droits économiques, sociaux et culturels, le projet dénommé en cours dénommé « ITIESS » a pour objectif d’amener les acteurs locaux à améliorer leur organisation et renforcer leurs capacités de participation et de prise de décision dans les affaires locales, tout en élaborant des initiatives socio-économiques de lutte contre la pauvreté. Ce projet innovant vise à la mise en œuvre d’un modèle de gouvernance participative respectueuse des droits fondamentaux des populations vulnérables en zone rurale qui deviendront à même de formuler des propositions de politiques publiques locales axées sur un développement endogène, de contribuer à leur mise en œuvre et d’en assurer le suivi.

Sept villages de trois cantons de la préfecture sont actuellement couverts par le projet, dans une stratégie d’extension progressive sur au moins 10 des 14 cantons de la préfecture d’ici à 2016.

Les relations avec Terre des hommes-France

Action Sud est un partenaire de longue date de Terre des Hommes France via son engagement au sein du Réseau ouest-africain Aoudaghost depuis 2008 et de son dynamisme en tant que membre actif de la Plate-forme des organisations de la société civile pour les Droits économiques, sociaux et culturels (Plate-forme DESC-Togo) dont elle a été coordinatrice de septembre 2012 à octobre 2013.

Le directeur exécutif de l’ONG a également été le coordinateur du projet AGLAE mené par Terre des Hommes France au Togo concernant l’insertion économique des femmes et mettant en œuvre une approche favorisant l’égalité femmes-hommes (projet FSP – 2009-2012 – co-financé par le Ministère des Affaires Étrangères).

Dans le cadre de son activité, votre association est-elle confrontée à la migration ?

Dans la mise en œuvre du projet Itiessi et au travers du Diagnostic Participatif faisant l’état des lieux de la situation des populations cibles, il est apparu que la préfecture de l’Amou (dans la majorité de ses 14 cantons), les cantons de Témédja, Hihétro, et Gamè, notamment connaît le phénomène de la migration des enfants (moins de 18ans) et des jeunes (de 18 à 30 ans). C’est un problème pour la vie des enfants et des jeunes eux-mêmes et pour les communautés locales au point que les populations du Village de Témédja par exemple, à travers leur Comité Villageois de Développement (CVD), en ont fait le premier thème des ’’causeries-débats’ le cadre du projet Itiessi 2014. Il n’y a pas encore, pour le moment, à proprement parler, d’actions spécifiques et directes portant sur la protection des enfants dans la zone en lien avec le phénomène de migration.

Au-delà du projet Itiessi, nous avons personnellement participé à plusieurs reprises et à différentes occasions, avec la Délégation de Terre des hommes Lausanne au Togo, à des actions de protection des enfants au Togo (études, proposition de stratégie, etc.) et ce, en qualité de consultant ou consultant associé. C’est dans ce sens que notre contribution est faite ici.

Aspects de la mobilité des enfants au Togo

Disons que la migration des enfants au Togo dans le cadre de notre modeste participation à la recherche de solutions durables se vit en termes de « phénomène de mobilité ». Actuellement, les solutions ont évolué du simple champ de la sensibilisation, pour être plus globales en considérant la « mobilité des enfants » non plus comme un phénomène à arrêter systématiquement (par les législations, la répression et autres moyens) - parce que toutes les actions engagées dans ce sens ont presque échoué, mai s plutôt comme un phénomène social complexe. Il peut être traditionnel dans certaines communautés ou conjoncturel chez d’autres. Dans ces conditions il faut plutôt l’accompagner, le contrôler pour en limiter les dégâts en termes d’exploitation, de traite, de maltraitance et d’autres abus que vivent les enfants dans les zones de départ, lors des itinéraires de déplacement, sur les lieux de transit, et dans les milieux d’accueil.

Cette nouvelle perception en cours au Togo est le fruit de plusieurs études-recherches et de réflexions croisées entre acteurs du domaine (acteurs institutionnels et communautaires, impliquant parfois les enfants/ les jeunes eux-mêmes).

Recherche sur les itinéraires de mobilité des enfants et jeunes en Afrique de l’ouest

Une de nos propres expériences en la matière est l’étude Recherche sur les itinéraires de mobilité des enfants et jeunes en Afrique de l’ouest, que nous avons conduite au Togo dans le cadre du projet régional connu sous le nom de « Projet Mobilités ». Il a été initié en 2008 par huit organisations engagées dans la protection de l’enfance à l’échelle de l’Afrique de l’ouest [1], et portée le Mouvement Africain des Enfants et Jeunes Travailleurs (MAEJT), en vue de mieux comprendre les difficultés, les expériences de protection des mobilités des enfants par eux-mêmes et par leurs communautés, les raisonnements pour les choix, les voyages, les difficultés qu’ils affrontent lors de leur mobilité.

La mobilité/migration touche toute les régions du Togo

Des résultats de cette étude, comme ceux des autres qui l’ont suivie [2], il faut noter que la mobilité/migration touche toute les régions du Togo, aucune zone n’est épargnée. Cependant, par rapport à la documentation existante sur le sujet, certains milieux sont plus touchés que d’autres : ce sont essentiellement la zone sud-est maritime, la Région Centrale, la Région de la Kara et, essentiellement, Lomé comme zone d’accueil et de transit.

Il existe deux formes de mobilité, la mobilité interne et la mobilité vers l’extérieur), avec pour chacune d’elles, différents types de flux, caractérisés pour l’essentiel par :

  • la période et la durée des séjours (flux vacanciers, saisonniers et flux des migrants non vacanciers, sans saisonnalité spécifique).
  • Les activités et les lieux d’accueil (flux des filles domestiques de l’intérieur vers Lomé, Accra, Cotonou, Lagos ; flux des portefaix vers le grand marché de Lomé ; flux des jeunes garçons métayers de Bassar, Kara, Centrale et Plateaux vers le Nigeria (Ibadan, Abeokuta, etc.) ; de Bassar et Dankpen vers Kumassi, Tamale et Yendi (Ghana) ; flux des jeunes garçons vendeurs de chaussures et vêtements de friperie à Atikpodji (grand marché/Lomé) ; flux des enfants vendeurs ambulants ou postés aux feux tricolores à Lomé, etc.
    Les motivations de la mobilité,

Les motivations de la mobilité, reposent sur la recherche de biens matériels et d’argent pour soi et pour les autres membres de la famille avec l’intention de régler des problèmes de scolarité, d’apprentissage de métier, de petits commerces, de dot, d’honneur de la famille, etc. Les causes qui nourrissent ces motivations sont multiples et sont pour la plupart liées à la pauvreté, la précarité de la vie dans les zones de départ, à l’irresponsabilité de certains parents . Mais, elles sont aussi liées parfois à des pesanteurs culturelles comme les mariages forcés, l’entrée forcée dans couvents vodous et les rites de sorties souvent coûteux, etc.

Départs, itinéraires

S’agissant de l’organisation des départs, choix des localités d’accueil et des itinéraires suivis, il a été noté que la décision de partir vient selon les cas de l’enfant ou du jeune, des parents ou carrément des « convoyeurs/ placeurs » qui arrivent dans les localités dans l’intention de faire partir les enfants. L’idée de partir du village germe en voyant ceux qui sont partis et revenus avec des biens matériels ; et on se dit alors : « Moi aussi je vais partir ». Ou, dans le cas des parents : « Il faut que mon enfant parte aussi ».

Le choix des localités d’accueil est lié aux possibilités (supposées) de trouver plus facilement un travail plus rémunérateur que dans les zones de départ, aux types de travail et à la capacité individuelle qu’on estime avoir pour exercer ces travaux.

Habituellement, le scénario des départs suit plus ou moins les processus suivant : contact, pour parler avec les intermédiaires ou convoyeurs (exposé, accord sur les objectifs du départ et sur les conditions de réalisation, fixation de la date du départ), préparations et enfin, départ le jour venu, suivant un plan de rassemblement et de sortie du village soigneusement conçu par le convoyeur dans une totale discrétion.

On distingue généralement et suivant les cas, cinq catégories d’intermédiaires : les simples « metteurs en contact », « les démarcheurs », « les transporteurs, convoyeurs », « les recruteurs », « les transporteurs, convoyeurs et placeurs », « les recruteurs, transporteurs, convoyeurs et employeurs ».

Lomé est le lieu de prédilection pour les mobilités internes tandis que les préférences des mobilités vers l’extérieur (toutes catégories confondues) portent sur le Nigeria, le Ghana, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Niger.

Les itinéraires des mobilités internes suivent les voies de déplacement habituelles de la population, alors que ceux vers l’extérieur, sont multiples et complexes à cartographier. Ils dépendent des convoyeurs qui sont souvent les seuls à les choisir au regard de la maîtrise qu’ils en ont et des circonstances de chaque déplacement. Toutefois, on a pu établir une cartographie générale pour les deux types de flux identifiés.

Difficultés et protection

Pour ce qui est des difficultés et de la protection aussi bien sur les chemins des départs, des retours et que dans les localités d’accueil et de travail, les enfants et les jeunes sont souvent confrontés à divers problèmes assimilables à l’exploitation, la maltraitance et des fois à la traite.

Ils essaient parfois, avec plus ou moins de réussite, de développer des stratégies de contournement. Il arrive aussi qu’ils bénéficient, face aux difficultés rencontrées, de soutiens souvent multiformes (solidarités entre eux et appui des institutions étatiques ou ONG en lien avec la protection des enfants).

La mobilité ? Les avis des jeunes la seule alternative possible.

Pour les enfants et jeunes engagés dans cette mobilité, c’est une évidence que partir est la solution lorsque tout a échoué au village, même si parfois, on part aussi pour diverses autres raisons : échapper à des formes de violence ou de maltraitances familiales/ communautaires, par suivisme, complaisance ou pour l’affirmation d’une certaine indépendance vis-à-vis des parents ou de la famille.

Habituellement, la majorité des enfants et jeunes interrogés (95%) estime que la mobilité, surtout à des fins économiques, reste la seule alternative de survie ou d’accomplissement de leurs projets de vie et ce, malgré les conditions très difficiles dans lesquelles ils vivent et travaillent dans les zones d’accueil, des multiples dangers et risques des déplacements.

Ils sont à ce sujet unanimes pour reconnaître que dans la situation de précarité de vie, de déficit de prise en charge parentale et d’absence des perspectives et de repères, la seule alternative qui reste c’est de partir quoi qu’il arrive :

« C’est mieux que de rester, parce que là au moins on y gagne quelque chose, même si ce n’est pas à la hauteur de nos attentes et même si parfois c’est au prix de nos vies », a déclaré le jeune Amouzou, 16 ans, de Vogan.

Pour Joseph, 18 ans, de Tabligbo, « la mobilité n’est pas une chose mauvaise en soi mais ce sont les difficultés qui lui sont liées qui font d’elle une réalité difficile à vivre, avec beaucoup de dommages pour l’individu qui s’y engage et pour la société (déperdition des bras valides). Aussi, ne doit-on se déplacer d’un lieu vers un autre si on n’a pas en tête un but précis qu’on est sûr de pouvoir atteindre ».

« Ce qu’il y a de positif dans la mobilité par rapport aux zones de départ, aux routes empruntées, aux zones de transit et de destination, c’est qu’il y a la facilité de trouver du travail avec un gain immédiat et cumulatif, même si c’est assez pénible et parfois trichant (on gagne peut être le 1/3 de ce à quoi on a droit » (Longa, 22 ans, Défalé/région de la Kara).

La mobilité ? Les avis partagés des adultes

« Sortir de chez soi pour aller travailler, aller à l’école ou apprendre un métier pour revenir, si c’est ce que vous appelez « mobilité », alors je dis que c’est une bonne chose, dans la mesure où sans opportunité au village, on peut par ce biais se tailler une place au soleil, même si je dois reconnaître que ce n’est pas toujours facile à vivre et qu’on peut parfois y laisser sa peau […] Ceux qui ne sont pas d’accord pour que les enfants et les jeunes partent (pour revenir, évidemment), n’ont simplement qu’à créer les conditions de développement, d’espérance pour les jeunes dans les zones de départ et ils n’entendront plus jamais parler de mobilité, dans son ampleur et dans sa nécessité actuelle […..]. Avez-vous déjà vu un Gabonais ou un Ivoirien dans des zones comme celles où vont nos jeunes au Ghana ou Nigeria, en tant que métayers agricoles ou casseurs de pierres, dans les conditions de vie et travail que vous connaissez ? C’est parce qu’ils sont plus à l’aise chez eux ! », a dit en substance un parent, ancien fonctionnaire de l’Unicef à la retraite, à Kara.

Pour une des responsables du centre Dyssirana [3], Niamtougou, « avec tout ce que les concernés eux-mêmes (il parle des enfants et des jeunes) rencontrent sur les routes, avec tout ce qu’ils endurent dans les lieux d’accueil et de travail, et quand ils reviennent des fois sans même un franc en poche, je pense qu’on doit faire quelque chose pour purement et simplement empêcher cela », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter pour les solutions que « les jeunes eux-mêmes devraient en prendre conscience. La plupart vont là-bas pour cultiver pendant un ou deux ans contre un vélo ou une radio cassette, alors qu’ils peuvent le faire chez eux pour s’acheter toutes ces choses et peut être mieux encore. Il y a des cultures telles que le haricot, le soja, le manioc qui ne demandent pas beaucoup d’argent mais qui sont rentables ». Elle demande aussi aux parents de cesser d’envoyer leurs enfants ailleurs pour leur chercher de l’argent, et aux autorités et autres bonnes volontés de faire quelque chose en faveur des jeunes.

La mobilité pour Action sud.

Pour nous, à Action Sud, la question n’est pas de savoir si la mobilité/migration est une bonne ou mauvaise chose et qu’il faille ou non l’empêcher. D’ailleurs, pourra-t-on vraiment l’empêcher ?

Pour nous, il est fondamental de savoir pourquoi part-t-on, les causes et les motivations ? Dans quelles conditions s’effectuent les déplacements et les transits (la question des risques), les avantages comparatifs des lieux de séjours (les résultats qu’on en tire) ?

Pour nous, tout est relatif et doit être vu au cas par cas. Les visions globalisantes, cartonnées et étiquetées sont non seulement caricaturales et simplistes mais surtout dangereuses, parce qu’elles débouchent trop souvent sur des statiques alarmistes, réveillant les tendances protectionniste parfois xénophobes avec des lois souvent répressives, rendant, hélas, le phénomène plus clandestin et donc plus dangereux en termes de protection.

Alors, sans pour autant l’encourager et la systématiser, la migration des enfants et des jeunes, qu’elle soit phénomène social ou conjoncturel, à des fins économiques ou de formation, doit pouvoir rimer avec « nécessité », « opportunité », « garantie de protection » et « possibilité de réalisation du but (réalisation de soi et contribution au développement de sa communauté) » ! Autrement, elle n’en vaut pas la peine !

Que dit la législation togolaise ?

Il n’y a pas de lois spécifiques portant sur la migration en dehors des visas d’entrée pour les étrangers non CEDEAO/immigration sur le territoire. Il en est de même pour la migration des enfants et des jeunes à part les dispositions se rapportant à l’adoption d’enfant à l’étranger.

Le reste de la législation a davantage trait à des instruments juridiques internes de protection générale des enfants comme le « Code de l’enfant » promulgué le 06 juillet 2007, régionaux comme la « Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant » encore appelée la CADBE adoptée le 11 juillet 1990 et ratifiée par le Togo le 5 mai 1998 et bien d’autres instruments internationaux à l’instar de la Convention relative au droit de l’enfant encore appelée la CDE adoptée le 20 novembre 1989 et ratifiée par le Togo le 1er août 1990.

Un cas parmi tant d’autres, Akouvi Agnaglo

Parmi les cas que j’ai rencontrés, j’ai été particulièrement frappé par l’histoire d’une petite fille, Akouvi Agnaglo, originaire de Vogan (Sud-Est du Togo) qui, à l’image de beaucoup d’autres enfants du pays et de la zone, a été victime des revers d’une migration, du reste non voulue, qui s’est compliquée, avec des séquelles presque inoubliables.

Nous l’avons rencontrée à Vogan au CAF (un centre d’alphabétisation et de formation professionnelle pour les filles démunies) à Vo Koutimé (1 km de Vogan), en octobre 2009 lors d’une étude sur les « Expériences des réseaux institutionnels dans l’appui aux dispositifs concrets de protection des enfants concernés par les questions de mobilité au Togo » que nous avons conduite pour le compte du Cabinet EZO Stratégies/Lomé/ Togo

AGNAGLO Akouvi s’est retrouvée à Abidjan à l’âge de 9 ans (en 2000) alors que son papa était parti au Burkina Faso. Remariée à un autre homme au Bénin, sa maman, dans le souci de se débarrasser d’un enfant « encombrant » dans ce nouveau mariage et croyant, par dessus tout, faire du bien à sa fille l’a confiée à la sœur de son mari, sa belle sœur, qui vivait à Abidjan et qui la lui a demandée.

Akouvi devrait se rendre chez elle pour être traitée tout comme les propres enfants de la dame. Mais très tôt, et loin du pays, les choses ont « tourné au vinaigre » : pas d’école, réveil à quatre et cinq heures, travaux ménagers à outrance, vente de gâteau à la criée, retour tardif à la maison, coucher tard etc... C’était la nouvelle vie d’Akouvi qui s’est aggravée au fil des huit années passées à Abidjan, quartier Adjamé d’où elle est revenue en octobre 2008. « Tenez-vous bien, durant toutes ces années, je n’ai eu aucune nouvelle ni de ma mère, ni de mon père. J’étais coupée du monde et de mon pays ! J’étais complètement à la merci de cette femme et de son commerce… Je n’en pouvais plus ! » Pour revenir, Akouvi a dû user de ruses : « Fatiguée et exténuée par toutes ces années de maltraitance dont j’étais l’objet, surtout que je n’allais pas à l’école, alors que je croyais que c’était ce pourquoi j’étais partie, j’ai décidé de faire tout à l’envers dans la maison ; je faisais tout le contraire de ce qu’on me demandait de faire. Il m’arrivait des fois de me comporter comme si j’étais « possédée » ou « folle ». Ayant pris peur, la dame chez qui j’étais a décidé me renvoyer au pays. Mon plan a donc marché ! Elle m’a confiée à des dames qui rentraient à Lomé. Comme je me rappelais encore du nom de mon père et de ma tante paternelle, la dame m’a conduit à Atikpodji au grand marché de Lomé auprès de quelques femmes originaires de Vogan qui m’ont conduite par la suite chez ma tante paternelle au village.

Maintenant je suis chez ma tante qui s’occupe de moi ; elle m’aime et n’aime pas que j’aie faim.

Après quelques mois passés avec elle, et ayant appris qu’au CAF (un centre d’alphabétisation et de formation professionnelle pour les filles démunies) à Vo Koutimé (à 1 km de Vogan) on peut à la fois apprendre un métier et être alphabétisée, elle a décidé de m’y inscrire. Et c’est ce qui a été fait.

Aujourd’hui, j’ai accès à une formation professionnelle et je peux écrire au moins mon nom.

Mais depuis mon retour en 2009, je n’ai pas encore vu ni mon père ni ma mère qui seraient, chacun de leur côté, respectivement au Burkina et au Bénin. C’est surtout ça qui m’attriste, mais bon… la vie continue ! »

Notes :

[1Par ordre alphabétique : Bureau International du Travail (BIT), Enda Tiers-Monde, Mouvement Africain des Enfants et Jeunes Travailleurs (MAEJT), Organisation International des Migrations (OIM), Plan International, Save the Children Suède (SCS), Terre des Hommes Lausanne (Tdh), UNICEF.

[2Rapport d’organisation et de supervision du volet Togo de l’« étude sur les itinéraires de migration des enfants en situation de mobilité entre Lomé (Togo) et Cotonou (Bénin) », / Lomé, 16 février 2013/ OUTCHA pour Imorou

Résultats de l’étude sur les « Expériences des réseaux institutionnels dans l’appui aux dispositifs concrets de protection des enfants concernés par les questions de mobilité  : Liens, synergie, coordination, coopération », Vogan, octobre 2009, Rapport d’étude Romain pour le cabinet EZO Stratégies.

[3Centre de promotion des enfants et des jeunes à Niamtougou : rencontre et d’échange




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